⌘ Les boissons des travailleurs

Pendant les travaux qui se font sous une grande chaleur, par exemple pendant la moisson, il est impossible que le patron fournisse à ses travailleurs, du vin, du cidre ou de la bière en quantité suffisante pour les désaltérer ; outre la dépense, il risquerait de les enivrer.
Au lieu d’aller boire de l’eau pure comme le font quelquefois les moissonneurs, ils feraient beaucoup mieux de se faire des boissons économiques qui ne présentent pas les dangers de l’eau vive. Voici ce que dit sur ce sujet le docteur George, professeur d’hygiène à l’institut agronomique.
Pendant les chaleurs, on conseille ordinairement, dit-il, les boissons rafraîchissantes comme les limonades ou l’eau vinaigrée - une cuillerée à bouche de vinaigre par litre d’eau, ou bien encore de l’eau où l’on ajoute deux cuillerées de rhum ou d’eau-de-vie par litre.
Il y a mieux que cela : c’est la tisane de café, préparée à la dose d’une cuillerée de café moulu pour un litre d’eau bouillante. On y ajoute du sucre ou de la cassonnade, et une légère proportion d’eau-de-vie.
Cette boisson, mise dans une cruche de grès et emportée aux champs - où on la tient au frais sous une javelle, sous une touffe d'herbes dans un sillon, se prend à raison d’un verre toutes les heures ou toutes les deux heures. Elle fortifie les muscles, diminue la transpiration, chasse le sang du cerveau, raffermit les organes digestifs et prévient tous les dérangements intestinaux.
Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de boire des boissons glacées quand le corps est en sueur. Il peut s’ensuivre des accidents terribles, mortels même, par l’effet de coliques violentes désignées généralement sous le nom de coliques de miserere.
C’est de la sorte que sont morts plusieurs des réservistes lyonnais, le 28 aoûr 1878. C’est également pour cette raison qu’on évite de donner aux chevaux, après une longue course, de l’eau très froide comme celle qu’on vient de tirer du puits, afin d’éviter les accidents qu’on voit se reproduire presque chaque année dans les grandes villes, où des chevaux abreuvés d’eau froide, ayant le corps en sueur, tombent tout à coup sur la voie publique et meurent dans des coliques épouvantables.
On peut souvent se rafraîchir très-bien en promenant une gorgée d’eau dans la bouche et dans le gosier, et en la rejetant ensuite.
Cette manœuvre est facile à renouveler aussi souvent qu’on le veut sans avoir l’inconvénient des boissons prises en excès, qui excitent souvent la soif au lieu de l’apaiser. Les ablutions pratiquées en se mouillant la figure et les mains plusieurs fois par jour, au ruisseau le plus voisin, sont encore pour les moissonneurs un moyen excellent et tout à fait inoffensif de combattre les effets de la chaleur.