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Plouézoc'h
Légende locale

Plouézoc'h

Plouézoc'h
( Plouézoc'h )
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Plouézoc'h

■ Le pousseur de la Dourdu

Autrefois, il y a bien longtemps, en Bretagne, à Plouézoc'h, c'était hier, un sombre manoir s'élevait sur les rives de la Dourdu, devenue sans que l'on sache pourquoi cette Dourduff en français.

Depuis les fenêtres du manoir, au dessus des récifs, au levant de la sinistre baie, il était possible d'apercevoir un grand rocher agressé par les flots: an Enez du - l'île noire. Il est dit que le fantôme d'un marin mort en mer en état de péché mortel y veille aux ténèbres les plus sombres, quand ils sont dévorés par les vents. Décharné, habité de guenilles, il sonde les flots de ses orbites vides afin d'y découvrir son navire englouti et l'immense chargement de Lurioù, notre livre bretonne que les français détruisirent.

Certainement, si vous savez écouter et sortez par nuits obscures, pourrez-vous apercevoir ce fantôme errant. Ne vous approchez pas de l'île et fuyez tout contact avec lui: il vous attirera aux Enfers et fera votre malheur...


Plouézoc'h

Plouézoc'h
  • Français: Plouézoc'h
  • Breton: Plouezoc'h
    ( Brezhoneg )
  • Population: 1 646 hab
    Gentilé: Plouézoc'hois
  • Type: Commune
  • Superficie: 15,83 km²
    Densité: 103.98 hab/km²
  • Latitude: 48°38'24" N
    Longitude: 3°49'20" W
  • Latitude: 48.639988
    Longitude: -3.822166
  • pages: 7849
  • Ce jour: ✝  Jour de la Toussaint
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Plouézoc'h: Années 1970: le cairn de Barnenez

 ⌘ Bountour an Dourdu - Le pousseur de la Dourdu

Autrefois...
Il y a très très longtemps...
En vérité, c'était hier...


La Dourdu - l'eau noire, devenue cette mal nommée Dourduff. Baie étroite, elle fut refuge des corsaires bretons et voit récifs et écueils parsemer ses fonds troublés. Pour éviter le naufrage et les eaux mystérieuses, les pêcheurs font large détour et longent les falaises. Quand soufflent les vents du nord-ouest, ils s'engouffrent dans le Dourdu et font périlleuses navigations.

En ces lieux troublés, un sombre manoir, le Maner Dourdu - Manoir de la Dourdu élevait sa noire silhouette, donnant à ces lieux bien charmants une allure glaçante en journée, effrayante à la nuit et, surtout, tel un fantôme, terrifiante par les jours de tempêtes.

Autrefois, bien avant cette histoire, alors que les ventes torturaient méchamment la mer, un marin fit naufrage sur l'îlot depuis appelé An Enez du - l'île noire. Mort en état de péché, âme en peine, il errait depuis les temps reculés sur les grèves et les rochers, passant par l'île où fut élevé le Kastell an Tarv - Fort du Taureau, il rejoignait l'An Enez wenn - l'île blanche, arpentait An Enez Tereg - île Sterec, survolait instantanément les flots jusqu'à Beg Lemm puis, d'un bond spectral, arrivait sur Ar Rikard Vraz avant de rôder sur les autres ilôts de la baie dite Baie de Morlaix.

Cette âme en peine, lors de ses errances nocturnes, inspectait les eaux sombres de ses yeux absents et poussait des sifflements si horribles que les plus téméraires et courageux en voyait poils hérissés. Ce lémure breton était, avant naufrage, capitaine d'une belle nef bretonne bien chargée et débordante de Lurs, cette livre bretonne qui fit la richesse du pays avant que la Bretagne ne soit déglutie par le Royaume de France.
Le spectre cherchait son trésor ; sa cécité le lui cachait...

Les siècles passaient...
Notre revenant cherchait...

◎ Le Maner Dourdu et son seigneur

Le Maner Dourdu - Manoir de la Dourdu était bien piètre et imaginer tours somptueuses ou belles tapisseries serait grande songerie. Le manoir offrait néanmoins belle vue par beau temps, mais terrible spectacle quand les bourrasques et éléments se déchaînaient. On y voyait récifs et baie, rochers et grèves, horizons ou rivages de Carantec et Roscoff.

Le Sieur de Dourduff, en ses temps de jeunesse, fut beau seigneur et preux chevalier mais, comme pour tous, l'usure du temps agissant, notre brave sire était devenu vieillard bien chenu et rêvait de marier sa fille unique avant de partir vers l'Anaon, ce pays d'au-delà des mers, ce pays où le temps n'est plus et la jeunesse éternelle.

Seigneur bien pauvre, notre brave homme avait une fille unique, qui, comme il se doit, était d'une beauté remarquable et de généreuse intelligence. Elle avait de beaux et profonds yeux bleus, le cheveu brun, brillant et taille délicate. Elle était aussi ambitieuse et de grande fierté : elle s'appelait Brigit ; comme s'appelait la déesse Brigit, fille de Dagda et règnant sur les arts, la guerre, la magie et la médecine. Père attentionné, il pesait le cœur des prétendants de sa fille et, ne soupesant pas leur bourse, conseillait à la jeune fille de ne poursuivre des songes dorés remplis de périls pour son âme. De même, il lui conseillait de privilégier un homme craignant Dieu et ayant belle Foi ; les autres qualités ne pouvant qu'en être conséquence.

Brigit avait autres souhaits. Elle avait entendu parler des fêtes et tournois à la cour du Duc de Bretagne, des chevaliers, des paladins bardés de fer et d’or ; Brigit rêvait couronne de duchesse sur son beau front.

Plouézoc'h
Le naufrage

Regardant les goélands marins, les goélands bruns, les pétrels fulmars ou non, les mouettes rieuses, sternes caugek ou pierregarin et les fous-de-bassan, elle leurs demandaient de porter le renom de sa beauté en espérant quelque prince d'Hibernie ou de Cambrie...

Aucun prince de Cambrie, d'Hibernie, ni même d'ailleurs ne se présentait à la porte du manoir...

À l'opposé, les prétendants locaux étaient légion et nombre jeunes seigneurs bretons se perdant d'Amour pour elle étaient attirés par sa beauté et tombaient en pamoison. Nombreux étaient-ils aussi à s'aventurer sur frêles chaloupes pour, depuis la mer, admirer la belle Brigit.

L'ayant admiré, ils ne pouvaient trouver repos qu'après avoir demandé sa main avec forte humilité et espoirs sans limites.

Avec une certaine cruauté, la côte étant accore, elle les conduisait vers le ressac dans un bras de mer bien encaissé, leur demandant alors de quérir ce trésor breton noyé sous les eaux, leur promettant que l'âme errante du Dourdu les aiderait.

Plusieurs prétendants tentèrent l'aventure et, trompés par le fantôme maritime, entraînés par les flots, tombèrent dans les abîmes éternels. Cruelle, Brigit riait et, avec un rire sinistre, se réjouissait d'une nouvelle décoration agrafée sur sa couronne de mariée...

Les oiseaux de mer ayant bien porté leur message aux quatre coins des océans, un jour, une grande nef, toutes voiles dehors s'approcha de la Baie de Morlaix ; ses voiles et son pavillon étaient noirs, comme mauvais présage. Le passager en était un beau Prince d'Hibernie à l'armure bien somptueuse.

Le navire jeta l'ancre en cette somptueuse Baie de Morlaix. Rapidement, un frêle esquif se sépara de la nef et vint accoster aux rives du manoir. Un noble prince en descendit ; Ivor de son nom.

Il tomba immédiatement amoureux de la belle Brigit et tomba en pamoison à ses genoux. Plusieurs jours passèrent et tous les soirs, Ivor, l'œil langoureux, venait admirer la belle Brigit qui s'asseyait sur un rocher, face à la mer.

Le Prince d'Hibernie était venu accompagné d'un conseiller mandé par le père d'Ivor, un des Rois de ce qui deviendra l'Irlande. Vieillard intègre et profondément dévoué à son Roi, ce conseillier eu vent rapide des sombres histoires concernant la Brigit et du lugubre cortège de morts associés à la jeune femme ; honnête et prudent, il collecta et vérifia toutes les rumeurs concernant la jeune damoiselle du Manoir de Dourdu. Il entendit aussi le bruits du fabuleux trésor que les vents et embruns de la baie racontaient à ceux qui savent écouter...

Plusieurs jours passèrent et virent le vieux mentor - ce mot tirant son étymologie de Mentor, ami d'Ulysse et gouverneur du Prince d'Ithaque, bien songeur: la multitude de bruits alarmants concernant Brigit et sa sincérité le trouvaient suspicieux. Voulant le bonheur de son Prince et sa décision prise, il se rendit près du seigneur du Dourdu et lui demanda le montant de la dot dont il gratifierait sa fille.

Le vieux seigneur du Dourdu, homme exempt de toute malignité ou autre malice fut surpris de la question et répondit au conseiller avec franchise:

 ⤇ Une dot ?
   Je n'ai, Monsieur le Conseiller, que ce pauvre manoir et quelques terres ; je ne puis donc donner que bénédiction paternelle à ma fille.


Le sage conseiller fut fortement ému par cette sincérité mais, se devant de protéger son Prince, il ajouta:

 ⤇ Mon bon seigneur, cela ne suffit: mon Roi exige une dot de 1.000 lurs.

 ⤇ 1.000 lurs ?
s'exclama le vieux seigneur.
   Il ne me sera jamais possible de réunir pareille somme.

 ⤇ Votre fille sait parfaitement où trouver cette somme
, ajouta le conseiller.







Le jour même le père d’Igilt l’informa que son union avec le prince Ivor ne pourrait avoir lieu à moins que sa corbeille de noces ne fût, de son chef, garnie de mille doublons d’or. À ces mots, Igilt poussa un cri terrible qui fit frémir le pauvre vieillard. — Implore l’assistance du ciel, ma fille, murmura-t-il : lui seul peut… — Me procurer de l’or peut-être ! s’écria Igilt dont les yeux lançaient des éclairs. Non, non ; mais je sais qui m’en donnera ! Et la malheureuse s’éloigna pleine de fureur, laissant son père atterré. Elle croyait savoir en effet où se trouvait l’or qu’on lui avait demandé. Combien de fois, quand la tempête soulevait les vagues et entr’ouvrait le sein de la mer, n’avait-elle pas cru voir briller au fond les doublons nombreux semés sur le sable comme les étoiles sur le firmament ! Igilt, la brune fille de la grève, jouait avec les lames comme le poisson rapide, ou se balançait sur leur cime, comme les mouettes légères. Elle ne craignait rien de la fureur des flots, et avec le secours du fantôme qui gardait le trésor et qu’elle saurait se rendre favorable, ces richesses lui seraient acquises ; car, plutôt que d’y renoncer, elle préférait mourir. Pauvre insensée, qui, comme tous les cœurs avides, ne voulait point apercevoir l’abîme que sa soif d’un bonheur immérité allait ouvrir pour elle ! Le soir même, on eût pu la voir, debout sur son rocher battu par les vagues, conjurer les flots qu’elle croyait apaiser. Puis la lune se leva. Sa pâle lumière éclaira les vagues transparentes d’un éclat tellement inusité que le fond de la mer parut éblouissant aux yeux fascinés de la sibylle. — À moi, esprit des ondes ! s’écria-t-elle ; à moi, fantôme de la fortune !… Déjà les flots se retirent et secondent mes desseins… Viens me conduire au but de mes rêves… Viens me guider vers tes richesses… et me donner enfin le bonheur !… L’écho lugubre répondit malheur ! dans les cavernes des rivages déserts, et, tandis que la fiancée continuait son évocation coupable, elle se sentit poussée vers les ondes par un bras invisible… Bientôt les vagues la reçurent dans leur sein. Igilt plongeait, plongeait sans cesse, et chaque fois ses mains déchirées aux pointes des rochers, ses mains sanglantes ne retiraient du fond de la mer que des poignées de sable qui brillait comme de l’or aux clartés de la lune… Chaque fois, remontant à la surface de l’onde, elle lançait sur la grève une traînée de sable en criant : « Encore un coup, et la somme y sera. » Puis elle disparaissait sous l’écume des vagues… — Igilt, ma fiancée ! s’écria le prince Ivor accouru pâle et frémissant sur la roche fatale : reviens, reviens, plus n’est besoin de cet or funeste. J’ai fléchi mon père. Reviens, Igilt ; Ivor t’attend. Mais les vagues déferlaient lourdes et hautes sur la grève, et la funèbre nageuse ne les effleurait plus de ses bras blancs… Son fiancé inconsolable retourna mourir dans son île natale. Les traditions de la mer racontent que parfois, dans le calme des belles nuits d’été, des marins ont vu la brune fille de la grève, debout sur la roche noire, contemplant les flots, puis s’y plongeant tout à coup, à l’endroit où gît le vaisseau naufragé. Mais, gardez-vous de monter sur ce rocher de malheur, car le Pousseur y monterait avec vous peut-être… l’inévitable Pousseur, qui, pareil au torrent des passions et aux appâts du monde, entraîne sans merci l’imprudent et surtout l’ambitieux que la convoitise amène sous sa fatale main.